La Bresse, Vosges,

îlot républicain sous l'Ancien Régime

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La coutume

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L'administration

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Le plaid banal

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Le Bressau

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Rôle du clergé

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Les femmes 

et la coutume

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La forêt

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Conclusion

 

Rôle du clergé

Le curé de La Bresse jouait un rôle très important dans l’administration de la commune dans laquelle il assurait les fonctions d’officier d’état civil.

On ne pouvait pas se présenter devant le plaid banal sans avoir comparu, à la cure, devant « le père des morts », sorte de tribunal de conciliation, présidé par le curé et composé des anciens de la paroisse, les fabriciens, chargés de la gestion des affaires de l’église.

Jean Claude Sommier, docteur en théologie,  restera dans l’histoire comme celui qui a joué le plus grand rôle dans la défense des privilèges des Bressauds en allant plaider leur cause jusqu’à la cour de Versailles, auprès du Roi de France.

Mais les relations des curés avec les habitants ne furent pas toujours bonnes. La situation privilégiée de la fonction incitait certains à outrepasser leurs droits déjà exorbitants au regard d’une population démunie.

Voici la copie d’un acte reçu de Claude Duvaux, tabellion à Bruyères, en présence de témoins, le 2 octobre 1563, entre le sieur Richard, curé de La Bresse, d’une part, et les paroissiens de ladite Bresse, d’autre part.

Dans cet acte il est dit que :

« chaque paroissien sera tenu de payer annuellement au sieur curé et à ses successeurs une charée de bois raisonnable, et le curé tenu de leur donner pour chaque charée, deux pains de seigle de la valeur de chacun un blanc, et pour la demi-charée d'un cheval un pain seulement;

- que chaque mariage doit au curé pour chaque jour de Toussaint, deux deniers, à Noël deux deniers, à Pâques quatre deniers et à la Pentecôte deux deniers;

- que tous ceux qui reçoivent le Corpus Domini doivent chacun deux deniers ;

- pour un poulain mâle il est dû au curé quatre bons deniers d'Allemagne;

- pour un veau, un balai;

- pour chaque grange, un balai;

- pour dix livres de laine, il est dû une livre;

- sur dix cochons de lait il en est dû un;

- sur dix gerbes de blé, une, si c'est sur héritage et une sur onze si c'est sur le communal ;

- sur dix « mainons » de chanvre un;

- sur dix pintes de brizien , une; (c'est le produit des ruchers)

- pour une noce, il est dû 4 gros, six livres de viande, deux quartes de vin et deux pains blancs; et si les nouveaux mariés sortent de la paroisse, ils doivent au curé deux quartes de vin pour la proclamation des bans, et 16 gros pour la délivrance;

- chaque feu doit au curé une corvée, soit en carême, soit à Pâques, une corvée à la saint Jean pour faucher ses prés;

- les habitants doivent garder ses bêtes , et s'il veut les faire garder lui-même, chaque feu lui doit cinq deniers;

- pour bénir une maison , il lui est dû deux quartes de vin;

- « pour ladite onction, 2 sous toulois »;

- pour relevailles de femme, une quarte de vin, quatre deniers, une chandelle de deux deniers et un pain pour l’offrande;

- pour le premier enfant baptisé après la bénédiction des Fonts, soit de Pâques ou de Pentecôte, une poule;

- pour l'aumône d'un trépassé, seize gros, et pour chaque offrandes aux services, deux gros;

- pour l'enterrement d'un enfant au-dessus de sept ans, huit gros, et les offrandes comme dessus ;

- pour un enfant au-dessous de sept ans, six blancs pour l'aumône, un gros pour l'offrande;

- s'il meurt une personne grande ou petite ayant hérité de son père, on doit l'aumône entière. »

  Certains curés, très impopulaires par leurs excès d’autorité, n’hésitaient pas à employer la force pour faire rentrer les redevances comme le prouve cette requête :

  « Requête d'Antoine Humbert, marchand aubergiste à La Bresse, à Messieurs les lieutenants général et particulier au bailliage de Remiremont, disant que le 15 octobre 1778, George Aubert, curé de la Bresse, envoya trois particuliers de la dite Bresse lui demander un fromage et une voiture de bois, avec ordre de prendre et d'enlever des meubles si on refusait le fromage et la voiture de bois. Le suppliant étant absent, sa femme répondit qu’elle ne lui en devait point et qu'elle n'en voulait pas donner, alors ces trois particuliers, exécutant les ordres du curé, prirent et enlevèrent une couverte de lit d'indienne piquée. Cette manière de mettre les gens à contribution n'est sans doute pas légale. Pour ce fait, Humbert demande l’autorisation de faire assigner le curé Aubert au bailliage de Remiremont ; ce qui lui est accordé. »

  Ce curé devait encore s’opposer à ses paroissiens en s’appropriant le droit de désigner leur maître d’école et leur marguillier alors que ces deux agents étaient jusqu’alors choisis et nommés par la population puisque payés des deniers de toute la communauté.

  On retrouve, dans les archives, bon nombre de documents qui relatent les longues procédures qui opposèrent les Bressauds avec certains de leurs curés.

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